Ambassadeur de l'obstination

Jean-Pierre Dick

Né le 08 octobre 1965
vit à Larmor Plage (56) avec son amie Rozenn
un enfant, Ewenn

Palmarès en bref :
- 2012-13 : 4ème du Vendée Globe après avoir parcouru 2643 milles sans quille
- 2011 - JP élu Marin de l'année
- 2011 Vainqueur de la Transat Jacques Vabre (avec Jérémie Beyou)
- 2010- 2011 Vainqueur de la Barcelona World Race (avec Loïck Peyron)
- 2010 4ème de la Route du Rhum
- 2007-2008 Vainqueur de la Barcelona World Race (avec Damian Foxall)
- 2006 Route du Rhum, 3ème
- 2005 Vainqueur de la Transat Jacques Vabre (avec Loïck Peyron)
- 2004-2005 Vendée Globe, 6ème
- 2003 Vainqueur de la Transat Jacques Vabre (avec Nicolas Abiven)
- 2001 Vainqueur du Tour de France à la Voile

Originaire de Nice - véto de formation et diplômé du 3ème cycle d'HEC – ce régatier confirmé (et redouté) se consacre à la course océanique depuis 2002. Méticuleux, travailleur acharné et résolument perfectionniste, il n'a de cesse de s'affirmer, chaque jour un peu plus, dans sa peau de marin pur sel. Au royaume des 60 pieds Open dont il est devenu une figure phare, il est toujours paré pour les plus audacieux challenges. Pourvu qu'ils soient à haute saveur maritime. Parole de JP !

18 décembre 2008, en plein océan Indien, Jean-Pierre Dick à bord de Paprec-Virbac 2 à la vacation chante : « un enfant nous est né… » Ivory, comme il a surnommé le nouveau safran qu'il a dû bricoler, suite à une collision de l'ancienne pelle de gouvernail avec un growler, est opérationnel. L'accident lui a coûté la perte de la tête de course qu'il emmenait jusque là grâce à une navigation audacieuse et une parfaite maîtrise de sa machine. Il ne sait pas encore que la malchance va s'acharner contre lui quand un autre choc endommagera son deuxième safran, le contraignant à l'abandon. Une chose est sûre : en quatre ans, l'improbable candidat au baccalauréat des mers du sud est devenu un major de promotion potentiel. Désormais, c'est l'étiquette de favori qui lui collera à la peau pour ses futures navigations.

Jipé, le chevalier noir des Monthy Pythons

Quand, en novembre 2004, Jean-Pierre Dick s'est présenté sur la ligne de départ du Vendée Globe, ils n'étaient pas nombreux à miser sur la capacité de ce gaillard à boucler son tour du monde sans escale, trois mois plus tard aux Sables d'Olonne. Plus connu pour sa capacité à barrer un voilier de course en équipage et pour un penchant prononcé pour les étourderies, l'ancien vétérinaire, s'il forçait l'admiration de ses pairs, les amenaient aussi à se demander si ce navigateur avait vraiment conscience des épreuves qui l'attendaient dans les mers du sud. Les faits auraient pu leur donner raison puisque le sort sembla s'acharner sur le parcours initiatique du solitaire : vit de mulet arraché par deux fois, panne de l'appareil à gouverner, bôme cassée, panne de moteur, bien des marins auraient jeté l'éponge, mais « Jipé », comme on le nomme familièrement, s'est accroché. Au comptoir de certains bars à marins, quelques langues bien pendues s'amusaient à le comparer au Chevalier noir des Monty Pythons, qui ne cesse de vouloir combattre ses adversaires, même privé de l'usage de ses membres. Mais voilà… à force d'innocence et de détermination, il venait à bout de toutes les épreuves que lui imposait l'océan et terminait son premier Vendée Globe en sixième position.

Saltimbanque des mers du sud

Car Jean-Pierre Dick est fait d'un drôle de bois : sa politesse exquise à la limite du suranné, traduit bien cette éducation privilégiée qu'il aurait pu thésauriser en reprenant les rênes de l'entreprise familiale. Des études de vétérinaire complétées par une solide formation commerciale à HEC lui donnaient tous les outils nécessaires pour accomplir un destin qui semblait tracé. Bien sûr, il y aurait quelques escapades comme cet ineffable besoin de naviguer avec les copains, de régater le long des côtes de France, mais chacun sait ce qu'il en est des amours de jeunesse. Quand on dispose de tels atouts pour réussir socialement, on n'a pas le droit de décevoir le système institutionnel qui a misé sur vous. Mais non… Jipé choisit de faire le saltimbanque des mers du sud, de côtoyer des marins au franc-parler parfois rude, de s'investir dans un des projets les plus ambitieux en matière de course au large. On aurait pu croire qu'il n'aurait jamais su par quel bout prendre cette affaire, mais il a monté autour de lui une des équipes les plus performantes, où la rigueur anglo-saxonne de l'organisation le dispute à la créativité latine en matière d'innovation. Bref ! Jean-Pierre Dick n'est que rarement là où on imagine l'attendre, preuve s'il en était, que le gaillard mérite qu'on s'arrête un peu sur lui…

Il est des navigateurs dont les parcours sont des évidences : il sont tombés dans la marmite de potion magique quand ils étaient petits et leur historiographie commence toujours par : « déjà il savait godiller avant même de savoir marcher… » Dans le cas de notre grand blond, pas d'atavisme familial mais une passion pour l'eau qui lui est venu logiquement, quand on habite à Nice, au bord de la Grande Bleue. La preuve en est : Jean-Pierre est aussi un nageur accompli capable d'enchaîner les kilomètres dans l'eau. A rebours de bien des iconographies, voilà quelqu'un qui aime autant être sur l'eau que de s'y plonger. De même ce navigateur qui a navigué longtemps en équipage, que certains de ses équipiers dorlotaient de peur qu'il n'oublie ses bottes ou les instructions de course de la prochaine manche, part régulièrement se ressourcer en montagne, dans la solitude, seul face à lui-même.

Absolute Dreamer

Et pourtant, ce grand rêveur sait aussi être terriblement concret : à peine avait-il été contraint à l'abandon dans son deuxième Vendée Globe qu'avec l'aide de son équipe, il mettait en place un projet numéro trois. Organisation de la vente de sa monture pour fabriquer un prototype dernier cri, application des mêmes recettes qui avaient fait le succès de sa deuxième campagne : délocalisation du chantier en Nouvelle-Zélande pour profiter du savoir-faire kiwi, de tarifs avantageux et s'obliger à ramener le voilier par la mer en passant par le Horn. Et comme on peut être homme de goût et garder le sens des affaires, lancement d'un bateau de croisière rapide, le JP54, résolument innovant où, derrière le coureur au large, pointe déjà le navigateur qui décidera sûrement un jour d'aller voir de plus près à quoi ressemblent les mouillages des îles Kerguelen ou les lagons turquoises des îles Marquises.

C'est peut-être là que perce la vraie nature de Jean-Pierre Dick… Ils sont plus nombreux qu'on n'imagine, ceux qui, à un moment de leur vie, ont pensé qu'il serait temps pour eux d'abandonner les pièges émollients d'une société industrialisée, pour retrouver les vraies valeurs d'une vie simple et naturelle. Jean-Pierre Dick lui le fait. Et comme c'est un homme de pari, il y ajoute le sel de la compétition, du nécessaire dépassement de soi. Jean-Pierre Dick avait des rêves d'enfance, il a su les rendre réels.

©PF Bonneau - extrait de "Coureurs d'océans"

éditions Le Télégramme.